Une question sur la compta d'indépendant en Suisse ? Demande-moi, je t'oriente vers les bonnes fiches.
Plusieurs comptes bancaires — coexistence, virements entre eux, usage mixte
Plusieurs comptes bancaires
Un indépendant en a rarement un seul. Deux comptes à la même banque, un compte à l'UBS parce qu'un client l'exige, une néobanque pour alimenter une carte de débit, un compte d'épargne pro. C'est la situation NORMALE, pas une complication.
LE PÉRIMÈTRE — la règle qui gouverne tout le reste Les relevés DÉPOSÉS définissent le périmètre du dossier. - Un mouvement qui va d'un compte du périmètre vers un autre compte du périmètre n'est JAMAIS un prélèvement privé. C'est un virement interne →1090. L'argent n'a pas quitté le dossier, il a changé de poche. - Seule une SORTIE DU PÉRIMÈTRE peut être un2850: de l'argent qui part vers un compte dont aucun relevé n'est déposé, ou vers une dépense privée. La question n'est donc jamais « est-ce privé ? » mais « le compte d'arrivée est-il dans le périmètre ? » — c'est mécanique, et ça ne dépend d'aucun libellé. Le périmètre bouge avec les dépôts. Le même virement mensuel vers le compte Revolut est un prélèvement tant que le relevé Revolut n'est pas déposé, et devient un virement interne dès qu'il l'est. Ce n'est pas une incohérence : c'est la définition même du périmètre. Le client décide de ce qui entre dans ses livres en décidant de ce qu'il dépose.
UN COMPTE BANCAIRE DÉPOSÉ = UN COMPTE AU GRAND LIVRE. Toujours.1020pour le principal, puis1021à1025,1010pour PostFinance,1026en devise. Jamais deux banques sur un même compte — le rapprochement (un compte compta = le solde de SON extrait) deviendrait impossible. Mais plusieurs FICHIERS du même compte (relevés mensuels/trimestriels : même IBAN, périodes qui se suivent, solde final = solde initial du suivant) sont UN SEUL compte au grand livre — jamais un numéro par fichier (13.09). Quel numéro pour quel relevé : 1020-banque §Multi-comptes.
1. Plusieurs comptes de MÊME fonction — ça ne change rien au classement
Deux comptes qui encaissent tous les deux du chiffre d'affaires, c'est courant : le client facture depuis l'un ou l'autre, ou il sépare deux activités, ou un donneur d'ordre impose sa banque.
D 1020 / C 3400 ventes encaissées sur la BCF
D 1021 / C 3400 ventes encaissées sur l'UBS
Le compte de nature est le même ; seule la contrepartie de trésorerie change. Le chiffre d'affaires est la somme des deux. Il n'y a aucune règle particulière à appliquer.
Ce qui change, en revanche :
- Le rapprochement. Chaque compte se rapproche de SON relevé, séparément. C'est précisément ce que
la fusion sur un compte unique rend impossible.
- Le facturier devient nécessaire. Avec un seul compte, on devine encore quelle facture un
encaissement solde. Avec deux, il faut la pièce : « Toutes tes factures encaissées de l'année » passe d'utile à indispensable. ---
2. L'argent qui circule entre eux — LE piège
Alimenter la néobanque depuis la banque principale, virer de l'épargne vers le courant, déposer les espèces de la caisse sur un compte : le même mouvement figure sur DEUX relevés.
Le test, avant tout raisonnement : le compte d'en face a-t-il, lui aussi, un relevé déposé ? Si oui → il postera sa propre jambe. Poser sa contrepartie directe depuis ton relevé compte le mouvement DEUX FOIS. La contrepartie est 1090, jamais l'autre compte de trésorerie. Si non → poste directement, une seule jambe existera. Procédure complète : 1090-virements-internes.
Ne cherche rien dans le libellé. La banque écrit « VIREMENT E-BANKING », « ORDRE PERMANENT », un IBAN, une référence — jamais « virement vers mon autre compte ». Et les deux côtés portent des mots différents. Le signal n'est pas le mot : c'est le montant, la date, et le fait que les deux comptes soient à toi.
Le NOMBRE prouve, le LIBELLÉ départage
C'est presomption-pro-vs-prive et R0quinquies appliqués au virement : la preuve est arithmétique, l'étiquette ne sert qu'à trancher entre plusieurs lectures possibles.
La preuve : le même montant, à la même date (ou à un ou deux jours près pour un interbancaire), en sens opposés, sur deux comptes du dossier. Cherche le montant sur les autres relevés.
| Ce que tu trouves | Ce que c'est | Écriture |
|---|---|---|
| Le montant se retrouve, en sens inverse, sur un autre relevé du dossier | un virement interne | 1090, une jambe de chaque côté |
| Le montant ne se retrouve nulle part | l'argent a quitté ton monde — ce n'est pas un virement interne | classe-le pour ce qu'il est : prélèvement 2850, charge, paiement de dette |
| Le libellé désigne le client lui-même mais le montant est introuvable ailleurs | doute : un relevé manque, ou le compte d'arrivée n'est pas au dossier | alerte de clarification — jamais un classement au jugé |
Le NOM DU BÉNÉFICIAIRE — l'atout des relevés suisses
Un relevé suisse nomme presque toujours le destinataire d'un virement, même quand il ne dit rien d'autre. C'est l'information la plus exploitable de la ligne, et il faut s'en servir — sans jamais lui faire dire plus qu'elle ne dit.
Le nom du client est un fait du dossier (profil : nom, prénom, raison sociale). Confronte-le au bénéficiaire :
| Bénéficiaire | Lecture | Conduite |
|---|---|---|
| Le client, seul — « Fabienne Progin » | l'argent va sur un compte à elle | candidat virement interne → cherche le montant sur les autres relevés |
| Le client + quelqu'un d'autre — « Fabienne Progin et Marc Dupont » | compte joint (ménage, couple) | l'argent SORT de l'activité → D 2850 |
| Sa raison sociale — « Fabienne Coiffure » | un compte de l'entreprise | candidat virement interne |
| Un tiers — fournisseur, caisse, assurance | ce n'est pas un transfert | classe selon la nature de la dépense |
| Personne — aucun nom lisible | rien à en tirer | seul le montant décide |
Le nom ORIENTE, il ne conclut pas. « Fabienne Progin » en bénéficiaire rend le virement interne probable, il ne le prouve pas : c'est le montant retrouvé sur un autre relevé qui prouve. Nom sans montant retrouvé → clarification, jamais un classement au jugé.
Le libellé départage — l'exemple qui compte :
Une sortie ne dit souvent RIEN. « Fabienne Progin — 3 450.00 », et c'est tout. Cet argent va forcément sur un compte à elle : on doit donc en retrouver l'entrée sur un autre relevé.
Mais si le libellé porte DEUX noms — « Fabienne Progin et Marc Dupont » — c'est un compte JOINT (ménage, appartement, vacances). Ce n'est plus l'argent de l'activité qui se déplace d'une poche à l'autre : il en sort. → D 2850 / C 1020, un prélèvement privé, même si le montant se retrouvait par ailleurs.
Le raisonnement inverse est le piège : conclure « virement interne » parce que le nom du client apparaît. Le nom seul ne prouve rien — c'est le montant retrouvé qui prouve, et le nom qui qualifie ce qu'on a trouvé.
Cas mesuré (19.08) : deux relevés fusionnés sur 1020, faute d'attribution. Résultat — 50 versements d'espèces comptés deux fois (caisse à −24 850), 24 virements comptés dans les deux sens (75 597.06 d'apports privés fantômes), et 461 écritures d'un compte posées contre un compte qui ne les avait jamais vues.
Le contrôle : 1090 doit revenir à ZÉRO. Un solde non nul = une jambe orpheline.
3. QUELS comptes entrent dans les livres — la prépondérance
C'est la loi qui tranche, pas une convention.
Art. 18 al. 2 LIFD — « La fortune commerciale comprend tous les éléments de fortune qui servent, entièrement ou de manière prépondérante, à l'exercice de l'activité lucrative indépendante. »
Le bilan d'une raison individuelle porte la fortune commerciale, pas le patrimoine du propriétaire. kmu.admin.ch : « les autorités fiscales font strictement la différence entre la fortune commerciale nécessaire et la fortune personnelle ».
| Le compte sert… | Il est… | Son relevé |
|---|---|---|
| uniquement l'activité | fortune commerciale | à déposer — son propre compte (1020, 1021…) |
| surtout l'activité, un peu le privé | fortune commerciale (prépondérance) | à déposer — son compte ; les lignes privées sortent en 2850, ligne par ligne |
| surtout le privé, un peu l'activité | fortune privée | à NE PAS déposer — il n'a rien à faire au bilan |
| uniquement le privé, ou compte commun avec quelqu'un | fortune privée | à NE PAS déposer |
La méthode de la prépondérance ne partage pas : un compte est entièrement commercial ou entièrement privé. On ne met pas « la moitié d'un compte » au bilan.
Ce n'est PAS la même règle que la carte de crédit. La convention « carte mixte » garde la carte en 2050 même à usage mixte — mais c'est une convention produit assumée, pas une obligation légale, et elle porte sur une dette qui doit s'éteindre. Un compte bancaire est un actif : l'y faire figurer à tort gonfle la fortune commerciale. Cf. carte-credit-mixte.
4. La dépense professionnelle payée depuis une poche privée
Conséquence directe du §3 : si le compte familial n'est pas déposé, la machine à café qu'on y a payée doit quand même entrer. Elle entre par sa pièce, pas par le compte.
L'exploitante a payé une charge de l'entreprise avec ses fonds privés : c'est un APPORT. `` D 6xxx (la charge, selon sa nature) / C 2850 `` Aucun compte de trésorerie n'est touché — l'argent n'est jamais passé par les comptes de l'entreprise.
Ne poste JAMAIS cette dépense contre la caisse (1000) ni contre une banque du dossier. La caisse n'a rien payé ; la créditer fabrique un manque d'espèces qui n'existe pas. C'est le piège naturel, parce qu'une quittance « ressemble » à un ticket de caisse.
Ce qu'il faut au client : déposer la quittance, et rien d'autre. Pas le relevé du compte privé — cf. §3.
Et si c'est le conjoint qui a payé ?
Même écriture. La question n'est pas « qui a sorti l'argent ? » mais « qui l'entreprise doit-elle ? ».
L'exploitante a organisé une dépense pour son activité. Que son conjoint ait avancé les fonds — en espèces, avec sa carte, depuis le compte du ménage — regarde ces deux personnes, pas l'entreprise. L'entreprise ne doit rien au conjoint : elle doit à l'exploitante, et en raison individuelle cela s'appelle 2850.
D 6xxx (la charge) / C 2850 apport de l'exploitante
Le remboursement entre eux se fait hors des livres — la sphère privée est une boîte noire, c'est la fonction même du compte privé. Le ticket peut porter les derniers chiffres d'une carte qui n'est pas la sienne : cela ne change pas l'écriture.
N'ouvre PAS un compte courant au nom du conjoint pour une dépense ponctuelle. Ni extourne, ni dette envers un tiers, ni régularisation. Une écriture, et c'est fini.
Quand un compte courant au nom d'un tiers se justifie VRAIMENT
Un seul cas : quand l'entreprise doit rembourser cette personne, pas l'exploitante de sa poche.
| Situation | Traitement |
|---|---|
| Dépense ponctuelle avancée par un proche (machine à café, plein d'essence, produits d'entretien) | D charge / C 2850 — apport |
| Financement réel : un proche prête 20 000 pour lancer l'activité, l'entreprise le remboursera | C 2160 (< 1 an) · 2450 / 2510 (> 1 an) · 2500 si sans intérêt |
Le critère : l'entreprise remboursera-t-elle cette personne, ou est-ce l'exploitante qui le fera ? Si c'est l'exploitante → 2850, toujours. Cf. 2160-dettes-actionnaires-ct.
Dans le doute sur un montant important et récurrent, demande — prêt à rembourser par l'entreprise, ou coup de main entre proches ? Le modèle ne peut pas le deviner, et les deux réponses sont plausibles.
5. Le solde d'ouverture d'un compte — trois situations, trois conduites
Un compte n'a pas toujours de solde au 1ᵉʳ janvier, et l'absence n'est pas toujours une erreur.
A. Le compte a été OUVERT en cours d'exercice
Revolut, PostFinance, Wise, un second compte pro : ils s'ouvrent quand le besoin arrive, souvent en mars ou en septembre. Il n'y a alors AUCUN solde d'ouverture, et c'est normal.
Le rapprochement se fait sur la période réelle : Δ = solde de clôture − 0. Ne réclame pas un solde N-1 qui n'existe pas, et ne le fabrique pas. La date de la première ligne du relevé dit l'ouverture.
B. Le compte existait, et il FIGURE au grand-livre N-1
Son solde N-1 fait foi pour l'ouverture. Toujours — c'est la pièce déposée par le client qui établit la situation de départ.
Si le relevé affiche un solde initial DIFFÉRENT du grand-livre N-1, la divergence s'AFFICHE, elle ne se résout jamais par substitution silencieuse. Cf. exercice-comptable §Reprise.
Ne remplace JAMAIS le solde du bilan par celui du relevé « parce qu'il a l'air plus juste ». C'est une substitution de valeur entre deux sources, et elle est interdite : elle a déjà cassé un équilibre bilanciel correct sur un dossier réel.
C. Le compte existait, et il est ABSENT du grand-livre N-1
Ce n'est pas une faute du client : c'est un travail qui n'a pas été fait l'an dernier. Un compte oublié par le comptable précédent, une néobanque jamais entrée dans les livres.
Le canal ne peut pas le corriger — rouvrir un exercice clos n'est pas de son ressort, et déduire un solde d'ouverture du relevé serait précisément la substitution interdite au §B.
Conduite : le DIRE, ne rien inventer, et proposer le recours à l'expert humain de macompta.ai. C'est un correctif RÉTROACTIF sur l'exercice précédent — il relève de l'expert sollicité depuis l'interface du client, éventuellement après un entretien téléphonique pour reconstituer l'historique du compte. La conduite générale est déjà posée : « tu NE DEVINES PAS — tu marques l'opération à clarifier et tu proposes au client de faire appel à notre expert humain ».
En attendant cette reprise, le compte est traité sur sa période lisible (comme au §A), et le rapprochement porte la mention explicite que son ouverture n'est pas établie — jamais un silence.
6. Pièges
- Fusionner deux relevés sur un compte — le rapprochement devient impossible et les virements
entre eux se comptent deux fois. C'est le défaut mesuré le 19.08.
- Poser la contrepartie directe (
D 1020 / C 1000) depuis les DEUX pièces au lieu d'une jambe
chacune. Le raisonnement paraît juste ligne par ligne ; c'est la répétition qui est fausse.
- Chercher l'intention dans le libellé d'un virement. Il n'y en a pas.
- Traiter un encaissement arrivé sur le compte secondaire comme un apport parce qu'on ne
reconnaît pas le compte. Un compte du dossier n'est jamais une source d'apport. 4bis. Classer un relevé « privé » en bloc. Le privé est un défaut ligne par ligne, pas une étiquette qui dispense de lire. Une machine à café achetée avec la carte familiale est une charge — encore faut-il que la ligne soit VISIBLE pour que le client la requalifie.
- Déduire le compte de produits de la banque d'encaissement. La nature vient de la prestation.
- Un solde
1090non nul laissé en place — c'est une jambe manquante, jamais un détail.
Sources
- sources-officielles entrée
pme-2026 - Cas mesurés : dossier coiffure 19.08 (fusion de deux relevés) · carte mixte 17.08 (convention abandonnée)